Le Théâtre

Un peu d’histoire

(Larges extraits de « Rétrospectaculairement », article de D. Hamelin paru dans la plaquette célébrant les 30 ans du théâtre d’Auxerre en 1983.)

Au Moyen-Age et jusqu’au milieu du XVIème siècle, on jouait des « Mystères » sur le parvis de la cathédrale St Etienne, devant l’Hôtel de ville sur l’ancien forum gallo-romain et dans la cour de l’Hôpital des grandes charités (ou de la Madeleine ou Hôtel-Dieu) qui se situait dans l’actuelle rue Germain Bénard.

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Plus tard, des troupes de comédiens louaient des salles de danse, des granges, et jouaient devant des spectateurs peu exigeants, les uns assis sur des bancs, les autres debout. Le « Grand Tripot d’Auxerre », il était peut être situé à l’emplacement de la Poste Centrale, où se pratiquait « La Paume » fut souvent loué à cet effet.

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Les élèves du collège Amyot jouaient des pièces tragiques du cru ou d’emprunt telle que celle de THEODORE, martyr du Japon, tragédie latine, précédée d’un ballet et jouée en 1714 à l’occasion de la distribution des prix. Le ballet fut dansé par les élèves de la ville.(…)
Grâce aux dons des « Amis du Plaisir » et avec l’autorisation du corps municipal, on loua, au marchand de bois CHARDON, une grande vinée, sise à l’encoignure des rue Poncelot et des Petits Pères (à ce jour de la Fraternité et de l’Egalité). Transformée en salle de spectacle, elle permit à des troupes de comédiens d’assurer des représentations dès Novembre 1772.

Ces représentations commençaient à 17 heures et se terminaient au plus tard à 21 heures. Les spectateurs, qui, tout d’abord, se tenaient debout ou assis par terre, bénéficièrent bientôt de places assises sur des bancs sans dossier. C’était déjà un progrès… On riait très fort, on applaudissait bruyamment.

De l’avis unanime, la salle de la rue du Poncelot était notoirement insuffisante. Il arrivait fréquemment qu’une partie des spectateurs se voyait, faute de place libres, dans l’obligation de retourner à son domicile.

Par ailleurs, cette construction ne donnait satisfaction, ni pour le confort, ni pour l’acoustique.
Or, aucun projet d’aménagement ou d’agrandissement sérieux ne pouvait être conduit. Aussi, après maints palabres, le corps de la ville, en 1801, profita de ce que le collège Amyot était occupé par l’armée qui n’utilisait pas sa chapelle, pour en prendre possession et la transformer en salle de « comédie ».

Cette longue bâtisse en briques rouges, soutenues par place par des blocs de pierre blanche, se trouvait à l’emplacement actuel du « bloc scientifique », rue du lycée Jacques Amyot, pour la réalisation duquel, elle fut démolie en 1958. Une simple porte de bois à deux battants en donnait l’accès. Les chapelles latérales, situées sur le côté opposé à la rue, furent affectés aux magasins des décors et accessoires. Le pourtour de la salle, au rez-de-chaussée, fut dallé par de vieilles pierres tombales dont les inscriptions gravées subirent l’usure sous les pas des spectateurs.

Ce fut, en grande partie, grâce au concours de nombreux mécènes auxerrois que les travaux furent rapidement terminés.

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Ce fut le 19 Mai 1801, que se déroula la représentation inaugurale devant une salle comble. On y joua un vaudeville intitulé « l’Heureuse Supercherie » dont l’auteur était professeur à l’école centrale d’Auxerre.
Pendant un certain nombre d’années, notre vieux théâtre que l’on appelait alors « La Comédie », demeura inchangé. Tous les « Potaches » de « Jacques Amyot » et de « Paul Bert » se souviennent de l’impasse de la « Comédie » qui séparait les deux établissements pour ouvrir la perspective depuis la rue Michelet sur le « bloc ».

Cependant, le public présentait plus d’exigence et, pour le satisfaire, des aménagements furent apportés. Tout d’abord sur la scène, le nombre de décors augmenta: un intérieur rustique, un salon, une forêt, une place publique. L’exemple de Paris inspirait nos édiles. Le goût de la mise en scène s’accentua: un véritable mobilier apparut sur la scène devant un public émerveillé.

Puis ce fut l’ère de l’éclairage au gaz, avec moult becs pour les rampes, les lustres, et les acteurs affrontèrent ainsi réellement ce qui fut et est encore appelé « les feux de la rampe ».

Cependant, les différents directeurs éprouvèrent de sérieuses difficultés financières, provenant de la médiocrité du talent de la majorité des artistes. Par ailleurs, le public devenait de moins en moins assidu aux soirées théâtrales, du fait des nombreux problèmes provenant des récoltes insuffisantes, de la mévente des vins locaux, déjà concurrencés par ceux du Midi.

Il arrivait, hélas trop souvent, qu’en présence du petit nombre de spectateurs, le Directeur demandait au personnel du Théâtre de consentir une réduction de son salaire.
Enfin, l’ère des opérettes fit retrouver aux Auxerrois le chemin du Théâtre. On joua: « La Fille de Mme Angot », « les Cloches de Corneville », « le Grand Mongol », « Lackmé », « la Péricole » …

Malgré les nombreuses transformations apportées, notre vieux Théâtre restait inconfortable. Aussi de véhémentes plaintes ne cessaient de s’élever. En 1867, dans une revue locale, un couplet exprimait l’opinion des Auxerrois sur la vétusté de leur Théâtre :

Penser de suite à la façade
De ce pauvre théâtre si laid
On devrait bien le démolir
Et songer à le rebâtir
Vive, vive la Ville d’Auxerre.

Pendant la guerre de 1914, l’œuvre des « Soldats Convalescents » fit installer un appareil de cinéma au théâtre. Ce fut, à peu près, la fin de cette vieille salle de spectacle.

Cependant la municipalité continuait l’étude du projet d’édification d’un nouveau Théâtre, digne d’un chef-lieu de département. Le Conseil fixa son choix sur une partie des bâtiments de la Bourse du Travail, construction faisant un bloc important, à deux façades, l’une donnant sur la place des Véens, l’autre sur la rue Joubert. C’est sur cette dernière que fut aménagée l’entrée, en retrait, séparée de celle-ci par un bassin circulaire entouré de massifs.

En fait, cet ensemble avait été conçu pour mettre des locaux à la disposition des associations syndicales, des salles pour pratiquer la gymnastique et tout autre sport d’intérieur et une salle des fêtes de 900 places réservées aux Arts (Musique, Danse, Comédie & Tragédie) comprenant 2 niveaux (Parterre et Balcon), une scène et une fosse d’orchestre.

La construction de cet ensemble s’étala de 1938 à 1947, interrompue par les années d’occupation. Certains auxerrois se rappelleront et ceux de ma génération l’apprendront, qu’elle servit, pendant la période de la guerre, de magasin de vente pour les établissements SOISSON & JAMES, qui avaient brûlé. Ainsi, le rayon des chaussures était au balcon, celui de l’habillement sur la scène.

(…)

L’aménagement complet avec les loges en étage, les fauteuils, les installations techniques, fut achevé autour de 1950.

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Des productions locales purent s’y dérouler, mais ce n’est qu’en Mars 1953 que l’inauguration officielle fut célébrée avec la venue de la troupe du « Français » qui interpréta « Monsieur le Trouadec saisi par la débauche ».

Ainsi depuis plus de trente ans [NOTE: A l’époque de cet article en 1983.], avec une interruption de trois saisons, pendant laquelle de nouveaux travaux, en grande partie relatifs à la sécurité, furent entrepris, le Théâtre de la rue Joubert assura une programmation de spectacles. Il fut, jusqu’en 1981, le seul lieu de théâtral du département. Le Théâtre de SENS, après une très longue période de relâche, ne rouvrit ses portes qu’en décembre de cette année-là.

Le nombre d’abonnés (400 pour la saison 82/83) [NOTE: 1200 en 99/00 et 00/01) tend à prouver que les Auxerrois reconnaissent en leur Théâtre un lieu de Culture et de Divertissement appréciable.

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